Le 26/07/2009

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Chevrolet fonde de grands espoirs sur la Cruze. De fait, cette berline familiale dispose de plusieurs atouts dans son jeu pour séduire les Européens, surtout en cette période de crise.

Marque du groupe General Motors, l’une des rares à bien se porter en ce moment, Chevrolet ne cesse de progresser sur les marchés européens. Les modèles qu’elle y diffuse sont bien loin des mastodontes auxquels on pense instinctivement lorsqu’il est question de voitures américaines. Essentiellement développés en Corée par GM-DAT (ex-Daewoo, marque à laquelle Chevrolet a succédé début 2005), ils se positionnent pour la plupart sur le créneau de le voiture populaire et s’appuient sur un rapport prix/prestations avantageux.
La nouvelle Cruze ne fait pas exception à cette règle mais veut ajouter la séduction à ces critères rationnels. Spécialement pensée et dessinée pour plaire à une clientèle européenne réputée très exigeante, la Cruze est issue d’une réflexion internationale. Ainsi, le design particulièrement séduisant de la voiture est le résultat d’une collaboration entre les bureaux de style coréen, allemand, américain et australien du constructeur.

Le résultat est plaisant avec un avant dominé par une grande double calandre, nouvelle signature stylistique de la marque inaugurée par l’Aveo. Les lignes de la carrosserie sont à la  fois fluides et assez tendues et la voiture est agréable à l’?il quel que soit l’angle sous lequel on l’examine. Preuve qu’on peut faire une voiture ?mondiale? sans pour autant sombrer dans la fadeur… On regrettera tout de même l’absence de protections pour les boucliers et les flancs qui, si elle profite à l’esthétique, laissera le véhicule sans défense face aux multiples petits chocs de la vie quotidienne.
Longue de 4,60 m pour un empattement de 2,69 m, large de 1,79 m et haute de 1,48 m, la Cruze est basée sur une plateforme inédite, baptisée Delta, qui servira également de base aux prochaines Opel Astra et Saab 9-3 mais également au grand monospace Orlando qui devrait être révélé en fin d’année. Les suspensions restent conventionnelles avec un essieu de type McPherson triangulé à l’avant et un essieu de torsion multibras à l’arrière.
La Cruze ne devrait guère éprouver de difficultés à faire oublier la terne Nubira même si, pour Chevrolet, la nouvelle venue a un positionnement différent. Il est vrai que la Cruze dégage une bien meilleure impression de qualité. Ses dimensions supérieures (+ 9 cm en longueur, + 8 cm en empattement, + 6 cm en largeur et + 3 cm en hauteur) lui permettent en outre d’offrir une habitabilité plus généreuse, sauf à l’arrière où la belle ligne plongeante du pavillon ne profitera guère aux grands gabarits. L’habitacle est bien conçu et bien fini.

Certains plastiques durs demeurent sans toutefois gâcher l’impression d’ensemble. Nous sommes ici bien loin des assemblages approximatifs et des matériaux sans cachet qui ont pu caractériser certaines productions de la marque. Les commandes sont bien disposées, l’instrumentation est lisible et le tout dégage une rassurante impression de robustesse.
Un petit bémol cependant : la bande de tissu qui recouvre une partie de la planche de bord risque de mal vieillir dans le cadre d’une utilisation familiale. Le coffre dispose d’un volume de 450 l, très honnête pour la catégorie, et l’on notera avec plaisir la présence d’une vraie roue de secours. Seul regret, peut-être, par rapport à la Nubira : Chevrolet n’a pas prévu de développer une carrosserie break pour la Cruze. Dommage pour une gamme à vocation  familiale…

Quatre motorisations ont été retenues pour le marché français : 1.6 16V - 113 ch, 1.8 16V - 141 ch et 2.0 VCDi décliné en version 125 (prévue pour cet automne) et 150 ch. Tous neutres en matière d’écotaxe, ils devraient selon le constructeur répondre à l’essentiel de la demande des clients du segment. On notera au passage que le Diesel 2.0 VCDi n’a pas été fourni par Opel comme on aurait pu s’y attendre. Doté d’une injection à rampe commune et d’un turbocompresseur à géométrie variable, il s’agit du bloc VM Motori que l’on trouve déjà sous le capot des Captiva et Epica et, dans sa version TCDi (turbo à géométrie fixe) sous celui de la Nubira SW. Tout comme les moteurs essence, il est ici associé à une boîte manuelle à cinq rapports. Aucune autre transmission n’est prévue pour l’instant mais les des versions GPL devraient voir le jour prochainement. Daewoo avait beaucoup misé sur ce carburant à l’époque où il ne disposait pas de Diesel et Chevrolet a poursuivi dans cette voie, devenant, en France, l’un des acteurs majeurs de ce marchée. Le retour prévisible de l’essence chère devrait en renforcer l’attrait.

Deux niveaux de finition, LS et LT, composent la gamme en France. Dès le premier, l’équipement est pléthorique eu égard au prix : direction assistée, verrouillage télécommandé, vitres électriques avant et arrière, rétroviseurs électriques chauffants, ordinateur de bord, radar de recul, climatisation manuelle, boîte à gants avec compartiment réfrigéré, radio CD MP3 avec commandes au volant, connexions USB et MP3, airbags frontaux, latéraux et rideaux, feux antibrouillard, jantes alliage…
Grâce au siège conducteur rehaussable et au volant réglable sur deux axes, la position de conduite est facile à trouver. Confortable et assez bien insonorisée, même en Diesel, la Cruze a visiblement été conçue pour une conduite paisible. En effet, dès que le rythme s’accélère, le manque de rigueur des suspensions se traduit par des mouvements de caisse intempestifs tandis que la monte pneumatique (Kumho Solus) ne favorise pas vraiment l’attaque à outrance. De toute manière, les motorisations incitent plus à la raison qu’à la sportivité. Le moteur 1.6 16V est ainsi sans grande saveur, visiblement ?éteint? par une boîte à l’étagement trop long. Plus convaincant, le 1.8 16V s’en sort mieux. Le Diesel 150 ch, assez creux sous les 2 000 tr/mn (régime auquel les 320 Nm du couple sont atteints), fait ensuite preuve de bonne volonté mais, là encore, la longueur des rapports de boîte ne favorise pas la performance. Elle semble en revanche profitable à l’économie puisque ce moteur ne revendique que 5,6 l/100 km en cycle mixte et 149 g/km de CO2. Malgré tout, l’adoption d’une boîte à six rapports ajouterait certainement à l’agrément de conduite. Cependant, si la ligne du véhicule pouvait laisser espérer plus de brio de la part des motorisations, les choix raisonnables de Chevrolet apparaissent finalement logiques en regard du marché visé.

Comme Chevrolet le proclame, la Cruze est une “familiale anti-crise”. Bien présentée, généreusement équipée, délivrant d’honnêtes prestations et proposée à des prix très compétitifs, elle n’a finalement, sur son segment, guère de rivales rassemblant toutes ces qualités.

Sylvain LHOTE